Le Blog‎ > ‎

PARTIE I: Réflexions sur la réponse des prestataires de services financiers face au COVID-19 Par Robert Christen (BOULDER)

publié le 29 juin 2020, 02:54 par APSFD CI

PARTIE I: Réflexions sur la réponse des prestataires de services financiers face au COVID-19
Par Robert Christen

 

L’épidémie est certainement arrivée dans votre pays avec fermeture de frontières, ordres de confinement, distanciation sociale, fermeture des entreprises non-essentielles et programmes du gouvernement pour tenter d’atténuer les conséquences. La capacité dont ont fait preuve les familles modestes pour s’adapter à ces conseils varie selon les pays, de même que la capacité des systèmes de santé à gérer l’épidémie dès qu’elle a commencé à gagner du terrain. Les familles les plus désavantagées hésitent entre suivre les recommandations des professionnels de santé ou continuer à travailler pour assurer leur « pain quotidien ». Beaucoup d’entre elles n’ont pas de réserves de nourriture et ne sont probablement pas nos clients typiques de micro-crédit.

 

Au fur et à mesure que la pandémie se répandra, elle aura un fort impact sur les circonstances économiques de nos clients. Leurs vulnérabilités se révèleront plus que jamais et ils seront davantage marqués par la violence de la crise. Tout jouera contre eux : leur immunité réduite, leur accès limité aux services de santé de qualité, à l’eau et aux installations sanitaires, leurs moindres recours et accès aux règles de protections essentielles – distanciation sociale pendant plusieurs mois. Beaucoup de faibles salariés faisant partie de familles nombreuses perdront leur emploi lorsque les compagnies se réduiront. Avec la situation, nombre de ces familles passeront le seuil de la pauvreté et auront peu de chance de se rétablir avant longtemps.

 

«L’épidémie aura un fort impact sur les circonstances économiques de nos clients. Il leur est difficile d’appliquer les règles de protections essentielles – distanciation sociale pendant plusieurs mois».

A la différence d’autres crises, la pandémie menace l’économie dans son ensemble et, dans certains pays, les activités économiques de 80% de la population apte au travail. Elle affectera non seulement les familles dont l’un des membres est malade, mais aussi la population en général en raison de l’interdiction de réunions de plus d’un certain nombre de personnes. Cela fermera des marchés, de petites entreprises et des fonctions publiques considérés non-essentielles mais où nombre de nos clients puisent cependant leurs revenus.

«La distanciation sociale, l’usage de masques à l’extérieur, le fréquent savonnage de mains pensant of 20 secondes et garder les mains loin du visage sont des tactiques qui réduisent la contagion – et pas toujours faciles à appliquer avec rigueur».

Comment devrions-nous réagir?

Premièrement, comme fournisseurs de services financiers, nous devons nous assurer que nous et notre personnel nous trouvons dans la situation la plus sûre. La distanciation sociale, l’usage de masques à l’extérieur, le fréquent savonnage de mains pendant 20 secondes et le maintien des mains éloignées du visage sont des tactiques qui réduisent la contagion – et pas toujours faciles à appliquer avec rigueur. Rappeler ces techniques et encourager leur extension nous permet de maintenir notre personnel aussi sain que possible, même si beaucoup de membres vivent dans des foyers où elles ne sont pas toujours respectées.

Cette campagne éducative devrait être accompagnée de matériel permettant leur diffusion dans les domiciles afin de maintenir également les familles dans les meilleures conditions possibles.

La situation est extrêmement critique si certains des membres de la famille sont des travailleurs essentiels et sont continuellement exposés au virus dans leurs activités quotidiennes. Demandez à votre personnel de réfléchir sur ces mesures. Est-ce que nous pouvons aider nos clients à assurer que certains des membres de leurs familles évitent le contact avec les plus vulnérables ? Peuvent-ils se doucher et désinfecter leurs vêtements dès qu’ils arrivent chez eux ? Peuvent-ils porter des masques ? En un mot, pouvons-nous encourager les familles à prendre des mesures susceptibles de diminuer le risque de transmission dans les secteurs de forte concentration ?

Deuxièmement, pouvons-nous aider nos clients, dans la mesure du possible, à appliquer les mêmes mesures dans leurs familles ? Il est presque impossible de mettre en quarantaine les personnes contaminées lorsqu’elles sont asymptomatiques, mais cela peut-il se faire lorsqu’elles présentent des symptômes pour éviter la contagion ? Les institutions de microfinance devraient-elles apporter un matériel d’éducation à leurs clients et ouvrir des conversations avec eux pour renforcer ces messages?

En plus de son rôle éducatif, la microfinance doit considérer comment elle peut remplacer la plupart, sinon tous leurs contacts directs avec clients et groupes de clients. Dans beaucoup de cas, les clients ont déjà limité leurs réunions, même avant l’apparition du coronavirus, et utilisent les médias et le chat pour communiquer entre eux et avec les responsables de prêts. Cela varie selon les pays, mais il y a de grandes possibilités d’utiliser des mécanismes informels déjà existants et de les mettre au jour comme une forme acceptable de nouvelle méthodologie de prêt.

Il n’y a pas de doute que la pandémie de COVID-19 est un stimulant important pour numériser les opérations de microfinance. Cette épidémie et ses effets vont durer au moins deux ans, ou jusqu’à ce que la vaccination soit disponible sur nos marchés, ou que ceux-ci soient massivement immunisés face à l’exposition. Nous ne retournerons pas à la normale d’auparavant et notre personnel ne voudra pas s’exposer à la maladie s’il a le choix. Offrir un contexte sécurisant peut être nécessaire pour retenir un personnel de qualité. Dans de nombreux pays, les clients accepteront moins de participer à des réunions groupales, surtout si leurs concurrents ne l’exigent pas. L’utilisation d’un système numérique pour gérer les prêts sera peut-être nécessaire à la survie technique de la microfinance.

Troisièmement, les institutions de microfinance sont l’une des rares structures d’organisation disponibles pour que les gouvernements puissent distribuer le cash, la nourriture ou tout autre support aux secteurs pauvres. Dans de nombreux pays, un tiers de nos clients est si pauvre que le gouvernement doit appliquer des programmes de transfert de cash, même si ces personnes sont solvables et ont suffisamment de revenus pour régler des prêts. Ils vivent aussi très proches de familles de plus faibles revenus ; en fait, beaucoup de membres éloignés de leur famille appartiennent à cette catégorie.

« Les institutions de microfinance sont l’une des rares structures d’organisation disponibles pour que les gouvernements puissent distribuer le cash, la nourriture ou tout autre support aux secteurs pauvres ».

Les institutions de microfinance sont donc de parfaits véhicules pour les gouvernements, dans la mesure où l’appui qui leur est fourni n’est pas distribué d’une manière les affectant comme une récompense politique de la loyauté à l’égard d’un certain parti. Et dans la mesure où la microfinance a développé des rapports de pouvoir avec les réseaux de paiement de magasins locaux, bureaux de poste ou autres infrastructures de vente, ceux-ci peuvent distribuer des fonds ou des espèces près des lieux de résidence ou de travail des clients. On peut espérer que cela réduira le besoin de ces familles de couvrir de plus longues distances pour obtenir le service et préservera, dans la mesure du possible, la distanciation sociale. Nous devrions explorer cette opportunité, même si les gouvernements sont souvent trop bureaucratiques pour nos opérations habituelles.

Quatrièmement, beaucoup de nos institutions de microfinance restent très proches d’organisations à but non-lucratif pour le développement ou de stades philanthropiques.

Ces organisations auront peut-être besoin du soutien d’institutions pour apporter les services sociaux à des familles. Elles peuvent les connecter à des services pouvant soulager, dans une certaine mesure, leur situation et renforcer leur impact social. Les plus grandes institutions ont eu un grand impact ces dix dernières années et ce sera un moment idéal pour communiquer au grand public que notre origine et raison d’être continue d’être liée au progrès des familles de faible revenu et à l’amélioration de leur vulnérabilité. A mesure que nous nous consacrons aux finances du grand public – progrès inévitable dans l’évolution globale des marchés financiers – cette distinction doit représenter un avantage et une carte de visite intrinsèques.

« Les institutions peuvent connecter les familles à des services sociaux pouvant soulager leur situation, dans une certaine mesure, et renforcer leur impact social ».

Cinquièmement, nous devons adapter les méthodologies de nos produits (techniques et pratiques) pour flexibiliser la gestion des situations des clients, individus et segments. Si cela est fait d’une manière responsable, en restructurant, refinançant, suspendant le paiement d’intérêts et de commissions, et dans les cas extrêmes, en pardonnant des emprunts tout simplement, nous obtiendrons un répertoire d’outils efficaces pour gérer les portfolios. Et en encourageant les économies et en offrant des assurances, nous toucherons aussi les secteurs qui étaient vulnérables avant des crises telles que la pandémie COVID-19.

Comments